Alors qu'à Berlin s'ouvre le 65ième Festival International où, pour la première fois en 32 ans, je ne serai pas présent, les bons et les très bons films continuent d'affluer dans nos salles. Deux têtes de liste cette semaine, le monumental SILENCE de Martin Scorsese et le très émouvant NOCES de Stephan Streker, dont une partie a d'ailleurs été tournée au Luxembourg. THE FOUNDER de John Lee Hancock raconte la genèse de l'empire McDonalds et THE LEGO BATMAN MOVIE est un truc tatalement dingue. Les amateurs de cinéma japonais seront comblés avec HARMONIUM de Koji Fukada et les amateurs de guilis-guilis plus ou moins érotiques (plutôt moins) seront sans doute titillés par FIFTY SHADES DARKER, la suite du précédent. Et tous terminons notre tour d'horizon sur SEULS de David Moreau. Décidément, en ce début d'année, les cinéphiles sont comblés. Jean-Pierre THILGES
Le film de la semaine
SILENCE
Drame religieux, historique
Réalisateur: Martin SCORSESE
Avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Ciarán Hinds, Tadanobu Asano
Scénaristes: Jay Cocks, Martin Scorsese
d'après le livre de Shusako Endo
Directeur/Photo: Rodrigo Prieto
Musique: Kathryn Kluge, Kim Allen Kluge
USA 2016, 161 minutes
Au XVIIe siècle, les pères Rodrigues et Garupe sont envoyés au Japon afin de retrouver le père Ferreira, qui les a guidés sur le chemin de la spiritualité. Se cache-t-il, a-t-il été éxécuté, s'est-il marié ou alors s'est-il converti au bouddhisme ? Ils vont devoir le découvrir, à leurs risques et périls. Sur place, c'est un choc pour eux. Ils affrontent des seigneurs féodaux qui voient d'un mauvais oeil les deux hommes d'Eglise. Au moindre faux pas, Rodrigues et Garupe risquent de mourir noyés, brûlés ou crucifiés. C'est le sort funeste qu'ont déja subi les Japonais convertis...(Résumé: Télérama)
Avanrt de devenir un des plus grands cinéastes dans le monde, Martin Scorsese avait l'ambition de devenir prêtre. Heureusement que cela ne s'est pas fait. Toujours est-il que la foi s'est souvent retrouvée dans ses films, notamment (scandale mondial!) dans THE LAST TEMPTATION OF CHRIST. Cette fois, avec SILENCE, les catholiques ne trouveront rien à redire, puisque le film a même eu sa présentation officielle devant le Pape au Vatican. Même si - comme moi - vous vous tapez de toutes les religions - cette longue histoire de souffrance filmée somptueusement dans des paysages magnifiques devrait vous happer, d'autant plus que les comédiens utilisés ici à contre-emploi sont bouleversants. Attendez-vous cependant à un film très lent, contemplatif, tout à fait en opposition avec le cinéma de grande consommation.
Martin Scorsese rounds out his trilogy of faith-focused epics with this challenging, yet beautiful spiritual journey. Only in the real world do humans possess free will, whereas any film about the nature of belief effectively requires the director to play God, forcing them to answer the very questions they often set out to raise. Despite this paradox, in the history of cinema, there have been many great films about Christian faith — though not nearly enough: Carl Theodor Dreyer’s “Ordet,” Robert Bresson’s “The Diary of a Country Priest,” Jean-Pierre Melville’s “Léon Morin, Priest.” Now, add to that Martin Scorsese’s “Silence,” which marks the culmination of a nearly 30-year journey to adapt Japanese novelist Shūsaku Endō’s tale of a 17th-century Jesuit missionary faced with the dilemma of whether to apostatize. (Peter Debruge/Variety)
L'autre film de la semaine
NOCES ****
Drame
Réalisateur: Stephan STREKER
Avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Babak Karimi, Olivier Gourmet
Scénariste: Stephan Streker
basé sur des faits réels
Directeur/Photo: Grimm Vandekerckhove
Belgique/Luxembourg/Pakistan/France 2016, 98 minutes
Zahira a beau vivre en Belgique et être une jeune fille de son temps, son destin est scellé et elle n’aura pas son mot à dire quand ses parents lui annoncent qu'elle doit se marier. Ils ont choisi pour elle trois prétendants. La jeune fille refuse tout net et entend se marier avec l'homme dont elle tombera amoureuse. Elle compte bien sur le soutien de son grand frère Amir à qui elle toujours tout confié. Sa grande soeur qui a été obligée d'épouser un homme qu'elle n'aime pas tente de la ramener à la raison. Zahira rencontre Pierre, dont elle tombe immédiatement amoureuse. André, le père de celui-ci, tente de plaider sa cause auprès des parents de la jeune fille...(Résumé: Télérama)
NOCES est, sans l'ombre d'un doute, un des plus beaux films jamais tournés en coproduction avec le Luxembourg. Mis en scène sans le moindre chichi par Stephan Streker, interprété par des comédiens inconnus (sauf Olivier Gourmet, bien sûr) mais tout à fait surprenants, NOCES est le genre de film qu'il faudrait montrer dans les écoles, tellement il est dans l'air du temps. Je vous garantis une chance - NOCES vous restera à travers la gorge! Quatre étoiles amplement méritées!
La bonne surprise de la semaine!
THE FOUNDER
Titre français: Le fondateur
Drame, biopic
Réalisateur: John Lee HANCOCK
Avec Michael Keaton, Nick Offerman, John Carroll Lynch, Laura Dern, Patrick Wilson
Scénariste: Robert D. Siegel
Directeur/Photo: John Schwartzman
Musique: Carter Burwell
USA 2017, 115 minutes
En 1954, Ray Kroc sillonne les rues de l’Amérique en tant que vendeur itinérant. Intéressé par la vitesse et la productivité, ce représentant de l’Illinois peine à introduire ses machines à milk-shakes dans les restaurants de type drive-in, très populaires auprès des adolescents. Un jour, une importante commande le conduit à San Bernadino, dans le sud de la Californie, où il rencontre les frères Richard et Maurice MacDonald. Les deux restaurateurs ont imaginé une approche innovatrice, sur le point de révolutionner le domaine de la restauration rapide : un menu simple, un minimum d’employés, un service rapide au comptoir et pas de vaisselle! Nouveau partenaire d’affaires de la famille MacDonald, Kroc espère développer le concept à grande échelle. (Résumé: Regie du Cinéma Québec)
Un film cynique et méchant, tout à fait dans l'air du temps et qui va très bien avec ce qui se passe actuellement aux États-Unis. Le capitalisme US comme si vous y étiez! Un cinéma américain plus corrosif que d'habitude!
Réalisé par John Lee Hancock, "The Founder" retrace la création de la chaîne de restaurants McDonald’s, de la première et modeste succursale de San Bernadino à la multinationale que l’on connaît aujourd’hui. Relaté de façon chronologique, ce récit biographique dresse le portrait d’un homme ambitieux, déterminé et persévérant, pourtant opportuniste, cupide et arriviste. (Régie Québec)
Malgré l'avarice et la cruauté de son personnage, Michael Keaton parvient à retenir l'attention - et une forme de compassion - du public jusqu'à la fin. Son interprétation, brute et sans compromis, engendre des rires et une réflexion profonde. Le comportement de Ray Croc est, parfois, tellement typé et ses réactions tellement excessives que le film verse souvent dans la comédie (noire). Ce capitaliste impénitent est fascinant, malgré ses valeurs fascistes. Celui qui voulait que McDonald devienne « la nouvelle église américaine », nous montre comment la persévérance et la cupidité peuvent avoir raison de l'imagination et l'ingéniosité. (cinoche.com)
John Lee Hancock's knowingly mistitled biopic of McDonald's mogul Ray Kroc proves an unexpectedly piquant moral parable for the Trump era. Any habitual McDonald’s diner knows that their burgers are nothing without the pickle. The nominal beef patty tastes more like an evocation of meat than an honest slab of steer, and there’s no secret weapon in that cheap, cotton-wool bun. But it’s those two sharp, green slices of vinegary tang, set in relief by a sweet smear of ketchup, that really contain all the brand’s essential flavor. By the same token, it’s the dash of pickle in Robert Siegel’s script — a streak of sour, cheek-puckering cynicism amid its warmer, blander conventions — that gives “The Founder” its mojo. A ruefully titled biopic of Ray Kroc — the man who didn’t found McDonald’s but ruthlessly made it what it is — John Lee Hancock’s glowingly crafted, smartly acted film largely holds the cheese. It spins a classical tale of underdog entrepreneurship and American Dream-chasing with one eccentric twist: Its chief hero and villain are the same person. (Guy Lodge/Variety)
THE LEGO BATMAN MOVIE
Titre français: Lego Batman, le film
Animation numérique, comédie
Réalisateur: Chris McKay
Avec les voix (v.o.) de Will Arnett, Zach Galifianakis, Michael Cera, Ralph Fiennes, Rosario Dawson, Billy Dee Williams, mariah Carey
Scénaristes: Seth Grahame-Smith, Chris McKenna, Erik Sommers
basé sur les perosnnages de Bob Kane et Bill Finger
Musique: Lorne Balfe
USA 2017, 105 minutes
Les nouvelles aventures du chevalier noir de Gotham...en LEGO® ! À Gotham City, une cérémonie est organisée en l'honneur de Bruce Wayne qui remporte le prix de l'homme de l'année. La fête tourne au chaos lorsque le Joker fait une entrée fracassante sur la scène accompagné de sa horde de psychopathes dont le Sphinx, le Pingouin, Double-Face et Catwoman. De ce fait, Batman passe à l'action pour tenter de coincer ses invités surprise mais l'un d'eux parvient à s'échapper...(Résumé: cinebel.be)
Je dois avouer que je n'avais pas beaucoup aimé le premier "Lego Movie", dont l'humour est passé au-dessus de ma tête. Cependant, la bande-annonce de "Lego Batman Movie" et les premières réactions critiques en Amérique (Variety: "It's awesome!") me donnent envie de voir ce que ces dingues font subir au pauvre Batman et à son entourage.
The plastic universe of Lego once again becomes a stylized satire of the real world in a witty and bedazzling animated superhero caper that dares to mock its own hero's raging ego. The first thing to say about “The Lego Batman Movie” is that it’s kicky, bedazzling, and super-fun. The second thing to say about it is that, like “The Lego Movie” (2014), it’s a kiddie flick that’s been made in a sophisticated spirit of lightning-fast, brain-bursting paradox. The movie uses digital animation to create the illusion that it’s set in a herky-jerky universe of plastic Lego bricks — but it has such a kaleidoscopic, anything-goes flow that it trumps the imagination of just about any animated feature you could name. The characters are Lego minifigures with pegs for heads and crudely etched faces that barely move, yet they have more personality than the majority of human actors. Most delicious of all: “The Lego Batman Movie” comes on like a kid-friendly sendup of the adult world, yet there’s a dizzying depth to its satirical observations that grows right out of the spectacularly fake settings, which are hypnotic to look at but have the effect of putting postmodern quotation marks around…everything. (Owen Gleiberman/Variety)
HARMONIUM
Titre original: Fuchi ni tatsu
Drame
Réalisateur: Kôji FUKADA
Avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi
Scénariste: Kôji Fukada
Directeur/Photo: Ken'ichi Negishi
Musique: Hiroyuki Onogawa
Japon/France 2016, 118 minutes
Festival de Cannes 2016 - Un certain regard
Toshio, son épouse Akié et leur ravissante petite fille Hotaru vivent dans une petite ville de banlieue. Leur existence paisible est bientôt troublée par l'irruption de Yasaka, tout juste sorti de prison. L'homme, un ami de longue date de Toshio, vient de lui demander du travail dans son atelier. Toshio, qui a une mystérieuse dette envers lui, a aussitôt accepté. Tout comme il accepte que l'ancien détenu vienne vivre chez eux, à la grande surprise d'Akié, mise devant le fait accompli. Calme et apaisant, Yasaka se rapproche vite d'Akié et de la petite Hotaru...(Résumé: Télérama)
Le plus fort, c'est que le film reste constamment palpitant, au bord du fantastique: les rares fois où l'on sort dehors, il n'y a personne dans les rues. Le cinéaste a lui-même écrit cette histoire tarabiscotée, à la violence sourde, révélatrice de rancoeurs effrayantes. La vision qu'il offre de la famille est cinglante à souhait. Mais non dénuée d'empathie pour les solitudes qui la constituent. — Jacques Morice (Télérama)
FIFTY SHADES DARKER
Titre français: Cinquante nuanes plus sombres
Drame (paraît-il) érotique
Réalisateur: James FOLEY
Avec Dakota Johnson, Jamie Dorman, Bella Heathcote, Kim Basinger, Hugh Dancy, Marcia Gay Harden
Scénariste: Niall Leonard
d'après le roman de E.L. James
Directeur/Photo: John Schwartzman
Musique: Danny Elfman
USA 2017, 108 minutes
Anastasia est convaincue que la vie de couple avec Christian est impossible. Après leur rupture, la jeune femme est engagée dans une maison d'édition. Mais, Christian veut la reconquérir. Il se rend à l'exposition de photographies de José Rodriguez où elle est également présente. Il l'invite ensuite à une soirée où Anastasia fait la connaissance d'Elena Lincoln, une amie de Christian. Elena met en garde la jeune femme. Selon elle, Christian ne changera jamais, d'autres ont essayé avant elle, sans succès. Mais, Christian accepte d'essayer de faire des efforts pour la première fois de sa vie. Il se dévoile et Ana fait face à une jeune femme qui a marqué le passé de son amant...(Résumé: Télérama)
Le premier film avait coûté 40 millions dollars et en a rapporté quelques 600 millions rien que dans les salles autour du monde. L'érotisme de pacotille (du bouquin et du film) a donc fait résonner les tiroirs-caisse, d'où la nécessité absolue d'une suite - au moins pour les producteurs. Comme c'est toujours produit par les Américains, ce sera aussi titillant que n'importe quelle pub télévisée pour du shampoing ou de la crème d'épilation.
SEULS
Film fantastique
Réalisateur: David MOREAU
Avec Sofia Lesaffre, Stéphane Bak, Jean-Stan du Pac
Scénaristes: David Moreau
d'après la bande-dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
France 2017, 90 minutes
Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l'unique survivante d'une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile… Mais sont-ils vraiment seuls? (Résumé: StudioCanal France)
"Seuls" est l'adaptation d'une bande dessinée à succès de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, parue depuis 2006. Sur les vingt albums qui devraient composer la série, dix ont pour l'instant été publiés. Le film est l'adaptation des cinq premiers tomes. (Extrait du dossier de presse)
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