Le beau temps des derniers jours n'a certainement pas favorisé les MOVIE DAYS 2016, où Utopolis/Kinepolis avaient pourtant mis le paquet pour attirer un maximum de monde. Il y a donc de fortes chances que vous n'ayez pas vu - en avant-première - ni le formidable HELL OR HIGH WATER de David Mackenzie, avec Jeff Bridges, ni le passionnant FREE STATE OF JONES de Gary Ross, avec Matthew McConaughey, ni l'intriguant A HOLOGRAM FOR THE KING de Tom Tykwer, avec Tom Hanks. Pas de problème puisque les trois films sont présentés en sortie générale dès ce mercredi. Tout comme ÉTERNITÉ de Tran Anh Hung d'ailleurs, que même nous n'avons pas eu le temps de voir la semaine passée. Tout ce beau monde est rejoint par FRANTZ, le film flambant neuf de François Ozon qui nous arrive tout droit de Venise. Et, pour terminer en beauté, l'Ours d'Or berlinois de 2016, FUOCOAMMARE de Gianfranco Rosi, fascinant documentaire de création sur les réfugiés et la population de Lampedusa, est présenté en avant-première. Allez donc au cinéma! Jean-Pierre THILGES
Le film de la semaine
HELL OR HIGH WATER ****
Titre français: COMANCHERIA
Drame, western moderne
Réalisateur: David Mackenzie
Avec Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham
Scénariste: Taylor Sheridan
Directeur/Photo: Giles Nuttgens
Musique: Nick Cave, Warren Ellis
USA 2016, 102 minutes
Cannes 2016 - Un certain regard
Quelques jours après la mort de leur mère, deux frères, Tanner et Toby Howard, se retrouvent dans le ranch familial en décrépitude. Tanner, qui sort tout juste de prison, a convaincu Toby, sans passé criminel, de cambrioler avec lui des succursales de la Texas Midlands Bank, toutes situées dans de petites villes rurales du comté. Après deux sans faute, ils commettent une erreur qui met le ranger Marcus Hamilton et son collègue Alberto Parker sur leur piste. Après un détour par l’Oklahoma, où ils blanchissent leur argent dans un casino, les Howard, de retour au Texas, récidivent. La traque systématique que leur mène Marcus Hamilton, à trois semaines de sa retraite, aura-t-elle raison de leur projet de punir la banque même qui a étranglé leur mère jusqu’à son dernier souffle? (Résumé: Régie du Cinéma, Québec)
Si des conneries comme le remake débile de BEN-HUR peuvent de plus en plus souvent nous faire désespérer du cinéma américain "mainstream", il existe heureusement encore des cinéastes qui savent comment réaliser des oeuvres passionnantes pour une fraction de l'argent que les grands studios dépensent pour leurs lubies. David Mackenzie est certes Anglais, mais il connaît les codes du western sur le bout des doigts et il les applique avec une dextérité qui laisse rêveur sur ce polar hautement dramatique, où Jeff Bridges en mode "shérif bourru presque retraité" fait des étincelles, face à un casting trié sur le tas (Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham). Mise en scène nerveuse, dialogues savoureux, violence, personnages hauts en couleur, bref, du vrai cinéma comme on l'aime. Un des moments forts de l'année.
FREE STATE OF JONES ***
Drame, fresque historique
Réalisateur: Gary Ross
Avec Matthew McConaughey, Gugu Mbatha.Raw, Mahershala Ali, Keri Russell
Scénaristes: Gary Ross, Leonard Hartman
Directeur/Photo: Benoît Delhomme
Musique: Nicholas Britell
USA 2016, 140 minutes
Festival de Deauville 2016
En 1862, témoin du carnage quotidien pendant la guerre de Sécession, Newton Knight quitte les tranchées et retourne dans sa ferme du Mississippi. Il apprend que les militaires confisquent impitoyablement la récolte de ses voisins et condamnent à la famine plusieurs familles de la région. Le déserteur forme une unité combattante qui met fin aux sévices des soldats de la Confédération. Après le refus de l’armée de l’Union de lui fournir de l’aide, Newton Knight proclame le comté de Jones, territoire libre et indépendant où la ségrégation raciale est abolie. Les principes de cette société idyllique contrastent avec les préjugés enracinés de la communauté blanche. (Résumé: Régie du Cinéma Québec)
Une passionnante leçon d'histoire américaine sur les origines du racisme envers la population noire un sujet qui - compte tenu de ce qui se passe actuellement en Amérique - est toujours d'une grande actualité. De la guerre de Sécession à l'émancipation et le droit de vote accordé aux Afro-Américains aux premiers sévices du Ku-Klux-Klan, le cinéaste Gary Ross (Pleasantville, Seabiscuit, The Hunger Games) tricote un patchwork (parfois un tantinet laborieux) de l'histoire américaine aux ramifications jusqu'à nos jours. Matthew McConaughey interprète le héros (blanc) de l'histoire avec enthousiasme...et un accent à couper au couteau.
A HOLOGRAM FOR THE KING ***
Comédie dramatique
Réalisateur: Tom Tykwer
Avec Tom Hanks, Sarita Choudhury, Sidse Babett Knudsen, Tom Skerritt, Ben Whishaw
Scénariste: Tom Tykwer
d'après le roman de Dave Eggers
Directeur/Photo: Frank Griebe
Musique: Johnny Klimek, Tom Tykwer
Allemagne/USA/GB/France 2016, 98 minutes
En pleine période de récession, Alan Clay, homme d'affaires ruiné, tente par tous les moyens de remettre sa carrière sur les rails afin de pouvoir financer les études de sa fille. Ses tentatives de faire connaître son invention le mènent jusqu'en Arabie Saoudite où réside un grand monarque visionnaire ayant comme idée de créer une ville moderne. Arrivé sur les lieux, ce dernier se rend compte que loin d'être achevé, le projet se résume à un désert infini, des plans inachevés et beaucoup trop d'ambitions pour un souverain toujours absent. Paniqué devant l'ampleur de la tâche, Alan constate rapidement que tous ces problèmes, ces nouvelles rencontres, ces imprévus et le dépaysement lui font voir la vie sous un tout autre angle... (Résumé: www.cinoche.com)
En attendant Tom Hanks (que nous aimons beaucoup) dans le nouveau film de Clint Eastwood, SULLY, il est étonnant de retrouver l'acteur chevronné dans le rôle tout à fait inattendu d'un candide et grand dadais américain qui découvre l'Islam en tant que commis-voyageur d'une grande boîte informatique en Arabie-Saoudite. Réalisé par le cinéaste allemand Tom Tykwer et coproduit par Playtone, la société de Tom Hanks, A HOLOGRAM OR THE KING est une comédie douce-amère sur NOTRE façon d'interpréter l'Islam. Cela grince par moments, on a l'impression que le film va nulle part, mais les chemins qu'il utilise pour arriver nulle part sont très distrayants. Tourné en grande partie au Maroc puisque réaliser cette histoire farfelue en Arabie saoudite aurait été impossible et périlleux. Hanks est brillant, comme toujours.
FRANTZ
Drame, mélodrame
Réalisateur: François Ozon
Avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stölzner, Marie Gruber
Scénaristes: François Ozon, Philippe Piazzo,
basé sur le film BROKEN LULLABY d'Ernst Lubitsch (1932) tiré d'une pièce d'Edmond Rostand
Directeur/Photo: Pascal Marti
Musique: Philippe Rombi
France/Allemagne 2016, 114 minutes
Festival de Venise 2016
Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville...(Résumé: Mars Films)
Frantz est le remake de "Broken Lullaby", réalisé par Ernst Lubitsch en 1932 et lui-même adapté d'une pièce de Maurice Rostand, publiée en 1930. "Ma première réaction a été de laisser tomber. Comment passer après Lubitsch ?!", s'est demandé François Ozon. Le réalisateur a choisi d'adopter un autre point de vue, celui de la jeune veuve et non du soldat français mais a conservé certaines des scènes créées pour le premier film. Enfin, une seconde partie a également été ajoutée à l'histoire originale, centrée sur le personnage d'Anna. (Extrait du dossier de presse) François Ozon est un des cinéastes français les plus versatiles, puisqu'il touche à tous les genres. En plus, cadeau suprème, il a tourné FRANTZ en un noir et blanc superbe. "Avec "Frantz", François Ozon crée une oeuvre à la beauté austère, mais où l'émotion fourmille sous une forme de classicisme maîtrisé. Sûr dans sa direction d'acteur sans faille, dans la justesse méticuleuse des cadrages, dans la conduite du récit, "Frantz" est l'oeuvre de maturité d'un cinéaste qui nous épatait jusqu'ici par sa boulimie et son enthousiasme juvénile." (Positif) "Frantz" est un film intense et rapide, d’une densité inouïe. L’interprétation précise, la mise en scène élégante, les cadres rigoureux et le montage incisif contribuent sans cesse à des glissements, de sentiment en sentiment, d’émotion en émotion." (Bande à part)
ÉTERNITÉ
Drame
Réalisateur: Tran Anh Hung
Avec Audrey Tautou, Bérénice Bejo, Melanie Laurent, Jérémie Renier, Irène Jacob
Scénariste: Tran Anh Hung
d'après le roman d'Alice Ferney
Directeur/Photo: Mark Lee Ping Bin
France 2016, 115 minutes
Festival de Cannes 2016
Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… une éternité…(Résumé: Pathé Films)
ÉTERNITÉ est l'adaption de "L’Élégance des veuves" d’Alice Ferney, paru en 1995. Un roman qui a particulièrement ému le réalisateur Tran Anh Hung, "bouleversé par cette histoire de famille nombreuse, de filiation et de généalogie", se confie-t-il. "Moi qui me suis senti sans enracinement solide parce que je n’ai connu en tout et pour tout que trois personnes en guise de famille. C’est en cela que le sujet du livre me touche intimement. Quand je vois une famille nombreuse, j’éprouve un sentiment de solidité, de pérennité qui m’émerveille". (Extrait du dossier de presse)
"Même si, comme disait Woody Allen, l’éternité c’est long, surtout vers la fin, on ne saurait nier que le film si français du Vietnamien Tran Anh Hung propose une expérience insolite et inédite, un mélange de rêve éveillé, de sieste sensuelle, d’ennui délicieux, où l’on sent vraiment - n’était-ce pas le but du cinéaste ? - le temps passer, inexorablement." (Jérôme Garcin, Nouvel Observateur)
Et, séance spéciale en avant-première
FUOCOAMMARE - FIRE AT SEA ****
Titre français: Par-delà de Lampedusa
Documentaire de création
Réalisateur: Gianfranco Rosi
Italie/France 2016, 109 minutes
Ours d'Or du meilleur film, Festival de Berlin 2016
Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l'école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n'est pas sur une île comme les autres. Cette île s'appelle Lampedusa et c'est une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté. (Résumé: Météore Films France)
"Le semi-documentaire FUOCOAMMARE de l’Italien Gianfranco Rosi à été tourné à Lampedusa, là-même où l’Europe a été confrontée pour la première fois au flot d’immigrants et de réfugiés qui défraye désormais la chronique chaque jour. En confrontant la vie de tous les jours des habitants de l’île à la misère et – avec des images souvent insoutenables – à la mort atroce de ces hommes et ces femmes, le film se situe parfois au-delà des limites de ce qu’on peut montrer sur un écran de cinéma. La réaction critique était plutôt positive à Berlin, mais certains ont quand-même accusé le cinéaste de voyeurisme, face à des images saisissantes montrant la mort en direct." (Jean-Pierre Thilges/TV3 février 2016)
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